Lettre financière – mai 2016

De Jean-Georges Vaillant, CD, F.Adm.A., Pl. Fin.
Président Groupe Mirador

« Turbulence dans les marchés financiers »

Les premières semaines de l’année 2016 ont été marquées par une très forte volatilité des marchés boursiers partout sur la planète et l’une des sources de cette volatilité est la même que celle qui a causé les fluctuations que nous avons connus pendant la deuxième partie de l’année 2015, soit l’inquiétude du milieu financier quant à la pérennité et la trajectoire que prendrait la croissance économique de la Chine.

Les autres sources de la volatilité ont été les tensions politiques et géopolitiques qui amplifiait les difficultés économiques ainsi que la chute des prix des matières premières (par exemple : les mines) et de l’énergie, qui fait en sorte que plusieurs pays exportateurs de ces richesses voient leurs revenus fiscaux diminuer grandement pendant que leurs dettes s’accentuent.

Pourquoi les pays émergents et particulièrement la Chine ont-ils un aussi grand impact?

Pendant les années 1980, les pays émergents et/ou en développement représentaient environ 36 % de la croissance économique mondiale (PIB) en parité du pouvoir d’achat. Sur la période de 2010 – 2015 les chiffres furent de 56 % – 79 % respectivement, d’où l’impact maintenant prépondérant de ces pays sur l’économie mondiale. L’époque où l’on considérait l’économie mondiale essentiellement attribuable « aux pays avancés » est bel et bien révolue.

La Chine, deuxième puissance économique mondiale, est en pleine restructuration économique. Elle délaisse peu à peu son modèle de croissance fondé sur les exportations pour passer à une économie axée sur la demande intérieure avec des salaires en hausse et une consommation soutenue. Pour ce faire, les autorités chinoises ont comme projet, d’ici 2020, de construire 50 aéroports et 2 000 km sur de nouvelles voies ferrées, recyclant ainsi la perte de main d’œuvre des manufactures, des secteurs du charbon et de sidérurgie.

En janvier et février 2016, les bénéfices industriels en Chine furent en hausse de 4,8 % par rapport à 12 mois plus tôt, mettant fin ainsi à 11 mois de baisses mensuelles de suite.

Actuellement, les craintes d’une récession en Chine accompagnée de sortie massive de capitaux même si toujours présentes, commence à s’atténuer mais il faut se questionner sur la véracité des estimations officielles produites par le gouvernement chinois.

Croissance économique estimée pour la Chine en 2016 (PIB) : 6,5 %*.

Les États-Unis

Les prix des logements aux États-Unis ont poursuivi leur solide hausse en janvier selon l’enquête « Case Shiller ». Le prix moyen des logements à la vente dans les 20 plus grandes métropoles américaines a augmenté de 5,7 % sur un an. Les prix des logements continuent d’augmenter deux fois plus vite que l’inflation.

Selon les données publiées le lundi 28 mars 2016 par le département du Commerce aux États-Unis, le revenu des ménages a modérément augmenté en février (0,2 %), dépassant légèrement la croissance de leurs dépenses (0,1 %).

Plusieurs analystes prédisaient une reprise plus vigoureuse aux États-Unis, principalement due aux dépenses de consommation qui constituent les 2/3 de la croissance économique américaine. Or, malgré la baisse de 70 % des coûts d’énergie et des taux d’intérêt faibles, le taux d’épargne des ménages américains demeure élevé à 5,4 %. Le consommateur américain dépense moins que prévu et la croissance des emplois s’essouffle dans quasiment tous les secteurs de l’économie.

Considérant la croissance plus lente tant aux États-Unis que mondialement, Madame Janet Yellen, présidente de la Réserve fédérale américaine (FED), confirmait sur un ton très prudent le 16 mars dernier que le resserrement monétaire devrait se faire avec précaution. En conclusion, des hausses d’intérêts sont prévisibles aux États-Unis, mais seraient faibles et étalées dans le temps, d’autant qu’un dollar américain fort risquerait de freiner davantage la croissance américaine.

Croissance économique estimée pour les États-Unis en 2016 (PIB) : 2 %*.

L’Europe

Devant une économie anémique, la Banque centrale européenne (BCE), formée de 25 membres du conseil des Gouverneurs qui prennent les décisions de politique monétaire pour les 19 pays de la zone euro, a abaissé le taux directeur davantage en territoire négatif pour le prêt d’un jour de    -0,3 % à -0,4 % et augmenté les liquidités dans l’économie (par rachat de dettes) passant de 60 milliards mensuellement qu’il était depuis janvier 2015 à 80 milliards mensuellement maintenant.

Selon l’office européen de statistique Eurostat, le chômage dans la zone euro a atteint son niveau le plus bas depuis août 2011, en baisse depuis 16 mois consécutifs, pour atteindre 10,29 % en mars 2016. Des disparités énormes existent toutefois entre les pays de la zone euro : d’un côté l’Allemagne à 4,2 % et à l’autre extrême la Grèce à 24,4 %. Entre les deux, la France à 10 % et l’Italie à 11,4 %.

Croissance économique estimée pour l’Europe en 2016 (PIB) : 1,4 %*.

Le Canada

L’économie canadienne a surpassé les attentes en janvier en affichant sa meilleure croissance en près de cinq ans ainsi qu’une quatrième progression mensuelle consécutive (PIB en janvier de 0,6 %) stimulée par le commerce de détail, le secteur pétrolier et le gaz naturel.

L’économiste en chef de BMO, M. Douglas Porter, croit que la croissance économique canadienne atteindra 2 % cette année. Il observe que presque tous les secteurs de l’économie canadienne offrent d’agréables surprises. La faiblesse du dollar canadien, les mesures énoncées dernièrement dans le budget fédéral et les faibles taux d’intérêt sont des facteurs importants de changement de ton.

Pour sa part, l’économiste en chef adjoint de la Banque CIBC, M. Benjamin Tal, voit les perspectives de l’économie canadienne avec moins d’optimisme pour 2016. Situant la croissance du PIB à 1,7 %, il appuie ses conclusions sur les compressions des dépenses dans le secteur du pétrole, une faible croissance dans les autres secteurs, des politiques divergentes au fédéral et au provincial qui s’annulent presque et à un resserrement des dépenses des ménages.

La Banque du Canada dans sa mise à jour d’avril 2016, a augmenté son estimé pour la croissance économique du Canada (PIB) pour la cibler à 1,7%. Tandis que le Fonds monétaire international (FMI) prévoit toujours dans son rapport d’avril  2016, un PIB de 1,5 %.

Et notre devise!

En hausse de 16 % du creux de 0,69 $ US le 15 janvier dernier jusqu’à 0,80 $ US le 29 avril 2016. La dernière remontée aussi rapide fut observée en 1990. Notre devise profite de la revitalisation du pétrole et de l’empressement moins grand de la hausse des taux d’intérêt aux États-Unis.

Plusieurs analystes pensent que la devise canadienne se situera dans la fourchette de 0,75 $ à 0,80 $ pour 1 $ canadien.

En conclusion

Presque tous les économistes ont revu à la baisse leurs prévisions économiques pour 2016.

Les États-Unis demeurent la locomotive de la reprise mondiale. Sa croissance sera cependant plus faible que prévu.

Beaucoup d’événements source de volatilité pour l’année 2016 sont à prévoir : élection présidentielle en novembre, Brexit en juin (possibilité que le Royaume-Uni quitte l’Union Européenne), conflits géopolitiques, économie chinoise, la Grèce, la déflation, les menaces terroristes, etc.

À l’échelle mondiale, la grande majorité des sociétés ont perdu une partie de leur valeur boursière. Par contre, bon nombre de sociétés n’ont pas vu leur valeur économique réelle baisser.

On estime que la croissance dans les pays développés faiblira légèrement cette année, et que celle des pays émergents cessera de se dégrader. Presque partout dans le monde, le consommateur bénéficiera encore du faible prix du pétrole, du redressement progressif de l’emploi et du taux d’intérêt faible.

Croissance économique mondiale (PIB) en 2016 : 3,2 %*.

Pour l’investisseur, aussi bien l’épargnant que le retraité, conserver le cap contre vents et marées demeure la meilleure solution pour l’atteinte de ses objectifs à moyens et longs termes.

Si toutefois cette période de volatilité vous a fait vivre un inconfort, il est important que vous puissiez en parler à notre équipe pour réviser, le cas échéant, votre allocation d’actif.

*PIB estimé par le Fonds monétaire international (FMI); taux révisé le  12 avril 2016.